Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 12:07

Margin Call raconte les dernières 24 heures précédant la crise financière de 2008, au sein d'un établissement financier, type Lehman Brother. Par l'attention qu'il porte à la sociologie de son milieu, ce long-métrage ressemble aux séries américaines modernes : Maison Blanche, The Wire, Mad Men, ou Soprano. Il manque toutefois une intrigue haletante pour emballer le tout. La tension repose uniquement sur le couperet du désastre financier qui s'annonce. Mais elle patauge dans un océan de chiffres, de personnages (masculins essentiellement), et de réunions techniques.

Kevin Spacey

Quelle écume reste-t-il de ce bazar ? D'abord, la prestation de trois anciennes stars à leur top niveau : Kevin Spacey, Demi Moore, et Jeremy Irons. Ensuite, une vision de la finance, démystifiée. A travers des portes vitrées, le film décrit un monde émotif, irresponsable et hiérarchique. En bas de l'échelle : des traders, surdoués de mathématiques, qui ont préféré décupler leur salaire plutôt que de construire des fusées spatiales. Au dessus d'eux : des managers requins, moins à l'aise avec les chiffres, mais qui savent motiver leurs troupes, jonglant avec les plans de licenciements et les primes de rendements, comme le boulanger avec sa pâte à pain. Et ceux qui tiennent les rennes : des dirigeants fortunés qui s'adaptent aux retournements de l'économie. Avec tout cela, le film a fait un tabac : 150 000 spectateurs la première semaine en France.

A noter : Le titre Margin Call a un double sens : il signifie à la fois « appel de marge », un terme boursier, et « l'appel de la marge », la cupidité de la finance.

En lien : une brillante analyse du journal Le Monde

Film américain de J.C. Chandor, sorti le 2 mai 2012 en France

 

Par Alain Roux
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 21:36

Tout le monde rêve de connaître une chanson magnifique que personne ne connaît. Dans la romance Blue Valentine, le personnage de Ryan Gosling apporte « You and me » à Michelle Williams, qui sera « leur chanson à eux », rien qu'à eux. La fiction rejoint la réalité car personne n'a jamais entendu parlé de « You and me » à la sortie du film aux Etats-Unis en décembre 2010. Surtout, nul ne sait qui se cache derrière le groupe « Penny and the Quarters » inscrit au stylo sur la cassette originale. La bluette, au son brut des années 60, semble chantée par une adolescente qui fait vibrer des paroles d'amour :  

 

 

« If the stars don't shine, if the moon won't rise, if I never see the setting sun again, you won't hear me cry »

« Si les étoiles ne brillent pas, si la lune ne s'élève pas, si je ne revois plus jamais le soleil couchant, tu ne m'entendras plus pleurer »

La bande a été découverte par le label américain Numero Group, spécialisé dans les sons perdus. Il a récupéré la demo grâce à un ami, qui a acheté la pépite lors d'une vente aux enchères. A l'origine, elle vient d'un ancien studio, celui de Clem Price, localisé en Virginie. C'est l'acteur Ryan Gosling, fan du label Numero Group, qui a proposé au réalisateur de s'en servir lors du tournage. Popularisée par le film, la chanson est diffusée sur internet, son énigme est relayée par le Guardian et le Times. L'enquête d'un journal local remonte jusqu'au songwriter Jay Robinson, qui a écrit la chanson, mais est décédé en 2009. Sa veuve est interrogée sur l'identité de la chanteuse, mais elle est incapable de dire de qui il s'agit. Elle se souvient juste que le jour de l'enregistrement, son mari n'avait plus qu'un « penny et un quart » de monnaie dans sa poche, raison pour laquelle il avait nommé le groupe « Penny and the Quarters ».

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En juin 2011, six mois après la sortie américaine de Blue Valentine, une étudiante nommée Jayma déjeune dans un restaurant en Italie et entend « You and me ». Le propriétaire Roberto lui narre l'histoire de la chanson anonyme. Jayma appelle sa mère au téléphone, dont elle connait le passé musical, et lui demande d'écouter la piste sur You tube. Cette dernière reconnaît alors sa voix. « Je me suis senti choquée et exaltée », a déclaré la vielle dame, âgée de 62 ans. Elle s'appelle Nannie Sharpe et vit à Woodbridge, en Viriginie. Elle a enregistré « You and me » à 19 ans, en 1970, avec ses trois frères aux chœurs. A l'époque, ils se rendaient tous les samedis au Price's Harmonic Sounds Studio. Dans le cinéma, de nombreuses légendes sont bâties à partir d'objets perdus : tel médaillon, telle pierre sacrée, tel diamant vert, tel collier enfoui dans l'océan, etc... Avec Blue Valentine, c'est le cinéma qui a donné naissance à l'histoire vraie d'une chanson perdue.

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Par Alain Roux
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 00:59

« Que vous soyez bons ou que vous soyez médiocres, faîtes-le », tel pourrait être l'adage d'Ed Wood (1924-1978). Cet auteur de navets a réussi à monter vingt films, à passer à la postérité, et être idolâtré par Tim Burton. Aujourd'hui des milliers de cinéphiles se pressent dans les salles pour goûter à ce cinéma minimaliste. Vendredi 20 avril 2012, la Cinémathèque de Bercy a vendu quasiment tous ses tickets pour la projection de Plan 9 from outer space (1959), réputé pour être le pire film de tous les temps. Il fallait oser tourner cette histoire d'extraterrestres qui ressuscitent les Terriens pour les empêcher de fabriquer la « bombe solaire ». Il fallait oser affirmer qu'elle reposait sur des « témoignages véridiques », par la voix d'un narrateur fou. Il fallait oser imiter des soucoupes volantes avec des couvercles de couscoussières. Ed Wood l'a fait avec sérieux, sincérité, et passion.

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Hélas, son style sommaire s'est soldé par une succession d'échecs commerciaux, l'astreignant peu à peu à des commandes de films érotiques. C'est la grandeur de l'Histoire, avec un grand H, de nous apprendre que rien ne va de soi, et que ce sont des hommes, des femmes, avant nous, qui ont forgé le monde dans lequel nous vivons. Ce piètre cinéma de science-fiction, composé de séries B à petits budgets, interprétable au second, troisième, quatrième degré, n'a pas toujours existé. Ce sont des hommes comme Ed Wood qui ont contribué à le bâtir, en y perdant leur chemise, leur appartement, leur femme. Sans lui, le monde ne serait pas le même.

Par Alain Roux
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 15:40

Depuis que le public lui a tourné le dos, l'étoile de Francis Ford Coppola a pâli, jusqu'à refléter l'image ingrate du déclin. Ce n'est pas Twixt, film à petit budget sorti le 11 avril 2012, qui va inverser la tendance. « Chaque artiste rencontre ce problème : si vous vivez suffisamment longtemps, comment est-ce que vous pourrez rivaliser avec les œuvres de votre jeunesse, les œuvres de l'époque où vous aviez tellement d'énergie et où tout ce que vous aviez à dire était nouveau ? Très peu d'artistes y sont parvenus, à part Shakespeare... », déclare-t-il aux Cahiers du cinéma, ce mois d'avril 2012.

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Lui-même se voit-il sur la pente descendante ? Pas si sûr. « Personne ne voulait financer Apocalypse Now (1979), et c'est pourquoi j'ai dû le financer moi-même. Donc quand les gens me demandent, ce qui arrive constamment : « Comment se fait-il que les films que vous réalisez aujourd'hui sont moins bons que ceux que vous faisiez il y a trente ou quarante ans ? », je réponds qu'à l'époque ces films n'étaient pas considérés comme tellement bons ! Il a fallu attendre vingt ans pour qu'on les apprécie davantage. Il a fallu tout ce temps pour que l'opinion à leur sujet s'améliore. Et comme je n'ai jamais cessé d'être sur le déclin, j'ai inventé ce personnage d'écrivain sur le déclin interprété par Val Kilmer, marié à une femme qui se plaint de ne pas avoir d'argent ». Twixt, est le dernier film d'une tétralogie intimiste de Francis Ford Coppola, après l'Homme sans âge et Tetro. Autant de chances d'accéder aux tortures personnelles d'un vieil auteur indépendant encore vivant.

Par Alain Roux
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Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 03:01

Elina-Knihtila-copie-1.jpg

« En Finlande, il n'y a pas de grandes vedettes de cinéma », a déclaré la comédienne Elina Knihtilä lors de sa venue à Paris le 31 mars 2012. Elle était venue présenter The Good Son (2011), de Zaïda Bergroth. Elle y tient le rôle principal : une actrice qui se réfugie dans une maison de campagne après l'avant-première ratée de son dernier film. Son fils adolescent la surveille de près, d'un peu trop près même. The Good Son opère des va-et-vient entre le lyrisme bucolique et la tragédie familiale, sans laisser entrevoir quel camp il finira par choisir. Mais l'intérêt réside dans ce lieu perdu au bord de la mer Baltique avec ses cabanes en bois, son langage, son sauna.

En Finlande, seuls 29 films ont été réalisés en 2011. Le marché du cinéma n'a donc rien à voir avec l'ambiance paillette chère à la France et aux États-Unis. Les acteurs n'ont pas l'occasion de participer à beaucoup de longs-métrages, alors ils sont polyvalents : ils jouent au théâtre et à la radio. Mais ils ont tout de même leur cérémonie des Cesars à eux : les Jussi. Elina Knihtilä a reçu le trophée de la meilleure actrice pour ce rôle dans The Good Son.

Film finlandais projeté le 31 mars 2012 en France

Par Alain Roux
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