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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 10:33

La caméra de Ilan Klipper s'est aventurée en 2010, durant six mois, dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Sainte-Anne, à Paris. Un lieu cloisonné, livré à lui-même. Dans ce documentaire intitulé Sainte-Anne, hôpital psychiatrique, diffusé le 14 avril 2011, au cinéma parisien Nouveau Latina, on apprend notamment que :

- Les électrochocs existent encore.

- L'enfermement, sans consentement, sur décision unilatérale du psychiatre, existe encore. « Il m'est arrivé de me tromper en choisissant l'enfermement, mais les malades ne m'en ont jamais voulu », confie le chef de service de soins intensifs de Saint-Anne Michel Fouillet, dans le film.

- La contention physique, autrement dit, attacher les malades sur le lit avec des sangles pendant un ou plusieurs jours, et fermer la chambre à double tour, existe encore.

- L'utilisation massive de médicaments, qui peut prendre la forme de contention psychique, existe encore. « Partout on l'on ne recourt pas à la contention physique, on a recours à la contention psychique », a prévenu le psychiatre François Petitjean, du secteur 17 de Sainte-Anne, lors du débat du 14 avril 2011.

saint-anne-copie-1.jpg

Les praticiens apparaissent plus cinglés que les malades (schizophrènes, maniacodépressifs, ou autres). De manière aveugle, l'institution applique le protocole médicamenteux dans le but unique de « calmer » les patients. L'angoisse devient une cible militaire à éliminer, au détriment de l'être humain qui la loge. Les malades se plaignent de la violence des effets secondaires, maux de tête ou perte de moyens intellectuels. Si les pilules ne suffisent pas, les médecins ont recours à la contention physique. L'objectif initial des soins disparaît souvent derrière des menaces à répétition : « calme toi ou je double ta dose de médicaments », « calme toi ou je t'attache », « calme toi ou je t'attache une nouvelle fois ». Difficile pour ces âmes égarées de retrouver leur discernement, alors qu'elles sont assommées de drogues et secouées par des conduites agressives. Dans ces unités de soins intensifs, la psychiatrie ne semble pas avoir beaucoup évolué depuis les années 1950. « Les médicaments sont de plus en plus efficaces » m'a cependant assuré le docteur François Petitjean.

Le film dénonce ainsi le côté obscur de la médecine : soins des symptômes plutôt que de la maladie, infantilisation, et froideur scientifique. « Je m'intéresse avant tout aux privations de libertés exercées par les institutions dans leur ensemble, aux pratiques dictatoriales des Etats, et à la contrainte », a déclaré le réalisateur Ilan Klipper, lors du débat agité par des spectateurs remontés. Dans la salle, une jeune femme troublée a pris la parole. « J'ai subi des électrochocs sans avoir donné mon accord. Je ne suis plus la même qu'avant. Mes capacités mentales ont diminué », a-t-elle témoigné. 

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commentaires

P
En 2005 mon compagnon, écrivain, est décédé 2 heures après un électrochoc qu'il ne voulait pas. dans l'heure qui a suivi le décès, le corps a été transporté au funérarium à l'hopital Cochin, nous<br /> gênions le service ! Traumatisée pour le reste de mes jours de ce drame, des humiliations subies,des erreurs médicamenteuses,l'enfer pour tous ces patients.Ce petit personnel sans compétence tue<br /> physiquement et moralement
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C
<br /> "La contention physique, autrement dit, attacher les malades sur le lit avec des sangles pendant un ou plusieurs jours, et fermer la chambre à double tour, existe encore." oui et dans TOUS les<br /> hopitaux qu'ils contiennent ou pas une section psychiatrique. C'est la condition extrême qui vient se placer juste avant la plus extrême qui est l'isolement, avec un matelas sans oreiller, à même<br /> le sol, parfois (seulement parfois) une vieille couverture bien souvent puante comme le matelas, et un seau pour faire ses besoins, les repas servis à terre, et parfois, quand l'hopital conprend<br /> une section universitaire, des jeunes discutent alors avec le médecin en prenant des notes et sans jamais adresser la parole au cobaye, ils viennent à 4 ou 5 pendant le passage du médecin pour le<br /> repas servi à même le sol comme un chien. Et terminent la boucle de l'humiliation totale que subit le malade qui se sera juste rebellé contre l'administration pour avoir droit à ce traitement...<br /> Inhumain.<br /> <br /> <br />
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